dimanche 8 mars 2009
Je dors quand je veux avec elle

Je l'aime bien, parce qu'elle a les yeux
Et les sourcils de couleur toute noire,
Le teint de rose et l'estomac d'ivoire,
L'haleine douce et le rire gracieux.
Je l'aime bien, pour son front spacieux
Où l'amour tient le siège de sa gloire,
Pour sa faconde et sa riche mémoire
Et son esprit plus qu'autre industrieux.
Je l'aime bien parce qu'elle est humaine,
Parce qu'elle est de savoir toute pleine
Et que dans son coeur d'avarice n'est point.
Mais qui me fait l'aimer d'une amour telle,
C'est parce qu'elle me tient bien point
Et que je dors quand je veux avec elle.
Olivier de Magny
1529 - 1561

Elle danse

Elle danse sur le sable
En cercle, en rond de douceur,
Et son sourire adorable
Est un éternel puit de chaleur
Elle a la couleur de la vie
Imprimée sur ses joues chatoyantes
Courrant sur cette terre innocente
Sous ce vaste dôme de ciel infini
Elle mime sans fin,
Des histoires pleines de pantins
Son souffle ivre de paroles
De dons et d’oboles
Ce n’est qu’une enfant
Qui marche sur le vent
Souriant sans raison
Au monde, aux gens, aux saisons
Samuel Coelho
samedi 7 mars 2009
Il pleut

Il pleut c'est merveilleux. Je t'aime.
Nous resterons à la maison :
Rien ne nous plaît plus que nous même
Par ce temps d'arrière saison.
Il pleut - les taxis vont et viennent.
On voit rouler les autobus.
Et les remorqueurs sur la Seine
Font un bruit... qu'on ne s'entend plus !
C'est merveilleux : il pleut. J'écoute
la pluie dont le crépitement
Heurte la vitre goutte à goutte...
Et tu me souris tendrement.
Je t'aime. Oh ! ce bruit d'eau qui pleure,
Qui sanglote comme un adieu.
Tu vas me quitter tout à l'heure :
On dirait qu'il pleut dans tes yeux.
Francis Carco
1886 - 1958
jeudi 5 mars 2009
Petit matin

Je te reconnaîtrai aux algues de la mer
Au sel de tes cheveux, aux herbes de tes mains
Je te reconnaîtrai au profond des paupières
Je fermerai les yeux, tu me prendras la main.
Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus
Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil
Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues
Et les seins ombragés des palmes du soleil
Je laisserai alors s'envoler les oiseaux
Les oiseaux long-courriers qui traversent les mers
Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux
Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair.
Je t'attendrai en haut de la plus haute tour
Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent
Quand les oiseaux fuiront je saurai le jour
Est là marqué des pas de celle que j'attends.
Complices du soleil je sens mon corps mûrir
De la patience aveugle et laiteuse des fruits
Ses froides mains de sel lentement refleurir
Dans le matin léger qui jaillit de la nuit.
Claude Roy
1915 - 1997

dimanche 22 février 2009
Matin de pluie

C'est la pluie sur la mer.
Devant la fenêtre ouverte
tu la regardes, la tempe contre la vitre
Image de quelques secondes,
Immobile à contre jour,
Ton corps différent, dans sa nudité encore nocturne.
Tu te tournes de mon côté,
Et tu souris.
Je Pense à tout ce temps qui a passé et mon souvenir se fige.
Les heures sont là qui ne passent pas;
Et demain est loin comme un récif que je distingue à peine.
Tu ne sens pas
Comme le temps devient dense dans cette chambre
Avec sa lumière allumée?
Alors , bonne nuit..
Pays tranquille dont les contours sont ceux de ton corps.
Jaime Gil de Biedman
Poète espagnol 1929-1990
samedi 31 janvier 2009
Le baiser

Toute tiède encore du linge annulé
Tu fermes les yeux et tu bouges
Comme bouge un chant qui nait
Vaguement mais de partout
Odorante et savoureuse
Tu dépasses sans te perdre
Les frontières de ton corps
Tu as enjambé le temps
Te voici femme nouvelle
Révélée à l'infini
Paul Eluard

samedi 3 janvier 2009
Le chemin de l'amour

Amour, mon cher Amour, je te sais près de moi
Avec ton beau visage.
Si tu changes de nom, d'accent, de coeur et d'âge,
Ton visage du moins ne me trompera pas.
Les yeux de ton visage, Amour, ont près de moi
La clarté patiente des étoiles.
De la nuit, de la mer, des îles sans escales,
Je ne crains rien si tu m'as reconnue.
Mon Amour, de bien loin, pour toi, je suis venue
Peut-être. Et nous irons Dieu sait où maintenant ?
Depuis quand cherchais-tu mon ombre évanouie ?
Quand t'avais-je perdu ? Dans quelle vie ?
Et qu'oserait le ciel contre nous maintenant ?
Sabine Sicaud

samedi 7 juin 2008
Musulmanes

Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
Miroirs plein d’ombre où reste une image sadique ;
L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique
Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !
Votre voile vous garde ainsi qu’une maison
Et la maison vous garde ainsi qu’une prison ;
Je vous comprends : l’Amour aime une immense scène.
Frère, n’est-ce pas là la femme que tu veux :
Complètement pudique, absolument obscène,
Des racines des pieds aux pointes des cheveux ?
Germain Nouveau

samedi 31 mai 2008
La centaine d'amour

Sache que je ne t’aime pas et que je t’aime
puisque est double la façon d’être de la vie,
puisque la parole est une aile du silence,
et qu’il est dans le feu une moitié de froid.
Moi je t’aime afin de commencer à t’aimer,
afin de pouvoir recommencer à l’infini
et pour que jamais je ne cesse de t’aimer :
c’est pour cela que je ne t’aime pas encore.
Je t’aime et je ne t’aime pas, c’est comme si
j’avais entre mes deux mains les clés du bonheur
et un infortuné, un incertain destin.
Mon amour a deux existences pour t’aimer.
Pour cela je t’aime quand je ne t’aime pas
et c’est pour cela que je t’aime quand je t’aime.
Pablo Neruda

Un sourire

Un sourire ne coûte rien et produit beaucoup,
Il enrichit celui qui le reçoit sans appauvrir celui qui le donne,
Il ne dure qu'un instant, mais son souvenir est parfois éternel,
Personne n'est assez riche pour s'en passer,
Personne n'est assez pauvre pour ne pas le mériter,
Il crée le bonheur au foyer, soutient les affaires,
Il est le signe sensible de l'amitié,
Un sourire donne du repos à l'être fatigué,
Donne du courage au plus découragé
Il ne peut ni s'acheter, ni se prêter, ni se voler,
Car c'est une chose qui n'a de valeur qu'à partir du moment où il se donne.
Et si toutefois, vous rencontrez quelqu'un qui ne sait plus sourire,
soyez généreux donnez-lui le vôtre,
Car nul n'a autant besoin d'un sourire
Que celui qui ne peut en donner aux autres.
Raoul Follereau.



























