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Fleurs Du Mal

Poèmes et sentiments

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samedi 21 juin 2008

Aveu dans le silence

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Dans l’orage secret, dans le désordre extrême
Je n’ose m’avouer à moi-même que j’aime !
Cela m’est trop cruel, trop terrible… Mais j’aime !
       

Pourquoi je l’aime ainsi ? L’éclat de ses cheveux…
Sa bouche… Son regard !… Ce qu’elle veut, je veux.
Je ne vis que de la clarté de ses cheveux…        

Et je ne vis que du rayon de ce sourire
Qui m’attendrit, et que j’appelle et je désire…
O miracle de ce miraculeux sourire !…
       

Sa robe a des plis doux qui chantent… Et ses yeux
Gris-verts ont un regard presque… miraculeux…
J’adore ses cheveux et son front et ses yeux…
       

Elle ne saura point, jamais, combien je l’aime
Cependant ! Car jamais ma jalousie extrême
Ne lui laissera voir, jamais, combien je l’aime !

Renée Vivien

 

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dimanche 8 juin 2008

Je t'aime ..

je_t_aime

Je t'aime d'être faible et câline en mes bras
Et de chercher le sûr refuge de mes bras
Ainsi qu'un berceau tiède où tu reposeras.

Je t'aime d'être rousse et pareille à l'automne,
Frêle image de la Déesse de l'automne
Que le soleil couchant illumine et couronne.

Je t'aime d'être lente et de marcher sans bruit
Et de parler très bas et de haïr le bruit,
Comme l'on fait dans la présence de la nuit.

Et je t'aime surtout d'être pâle et mourante,
Et de gémir avec des sanglots de mourante,
Dans le cruel plaisir qui s'acharne et tourmente.

Je t'aime d'être, ô soeur des reines de jadis,
Exilée au milieu des splendeurs de jadis,
Plus blanche qu'un reflet de lune sur un lys...

Je t'aime de ne point t'émouvoir, lorsque blême
Et tremblante je ne puis cacher mon front blême,
Ô toi qui ne sauras jamais combien je t'aime !

 Renée Vivien

JE_T_AIME

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La vie antérieure

la_vie_ant_rieure

J'ai longtemps habité sous de vastes portiques
Que les soleils marins teignaient de mille feux
Et que leurs grands piliers, droits et majestueux,
Rendaient pareils, le soir, aux grottes basaltiques.

Les houles, en roulant les images des cieux,
Mêlaient d'une façon solennelle et mystique
Les tout-puissants accords de leur riche musique
Aux couleurs du couchant reflété par mes yeux.

C'est là que j'ai vécu dans les voluptés calmes,
Au milieu de l'azur, des vagues, des splendeurs
Et des esclaves nus, tout imprégnés d'odeurs,

Qui me rafraîchissaient le front avec des palmes,
Et dont l'unique soin était d'approfondir
Le secret douloureux qui me faisait languir.

Baudelaire.
  la_vie_anterieure   

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samedi 7 juin 2008

Beauté des femmes

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Beauté des femmes, leur faiblesse, et ces mains pâles
Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal,
Et ces yeux, où plus rien ne reste d'animal
Que juste assez pour dire : " assez " aux fureurs mâles.

Et toujours, maternelle endormeuse des râles,
Même quand elle ment, cette voix !  Matinal
Appel, ou chant bien doux à vêpre, ou frais signal,
Ou beau sanglot qui va mourir au pli des châles !...

Hommes durs !  Vie atroce et laide d'ici-bas !
Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,
Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

Quelque chose du coeur enfantin et subtil,
Bonté, respect !  Car, qu'est-ce qui nous accompagne
Et vraiment, quand la mort viendra, que reste-t-il?

Verlaine
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Musulmanes

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Vous cachez vos cheveux, la toison impudique,
Vous cachez vos sourcils, ces moustaches des yeux,
Et vous cachez vos yeux, ces globes soucieux,
Miroirs plein d’ombre où reste une image sadique ;

L’oreille ourlée ainsi qu’un gouffre, la mimique
Des lèvres, leur blessure écarlate, les creux
De la joue, et la langue au bout rose et joyeux,
Vous les cachez, et vous cachez le nez unique !

Votre voile vous garde ainsi qu’une maison
Et la maison vous garde ainsi qu’une prison ;
Je vous comprends : l’Amour aime une immense scène.

Frère, n’est-ce pas là la femme que tu veux :
Complètement pudique, absolument obscène,
Des racines des pieds aux pointes des cheveux ?

Germain Nouveau

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vendredi 6 juin 2008

Lucidité

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L’art délicat du vice occupe tes loisirs,
Et tu sais réveiller la chaleur des désirs
Auxquels ton corps perfide et souple se dérobe.
L’odeur du lit se mêle aux parfums de ta robe.
Ton charme blond ressemble à la fadeur du miel.
Tu n’aimes que le faux et l’artificiel,
La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés.
Les deuils suivent tes pas en mornes défilés.
Ton geste est un reflet, ta parole est une ombre.
Ton corps s’est amolli sous des baisers sans nombre,
Et ton âme est flétrie et ton corps est usé.
Languissant et lascif, ton frôlement rusé
Ignore la beauté loyale de l’étreinte.
Tu mens comme l’on aime, et, sous ta douceur feinte,
On sent le rampement du reptile attentif.
Au fond de l’ombre, elle une mer sans récif,
Les tombeaux sont encor moins impurs que ta couche…
O Femme ! Je le sais, mais j’ai soif de ta bouche !

Renée Vivien

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jeudi 5 juin 2008

A Mademoiselle

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Oui, femme, quoi qu'on puisse dire
Vous avez le fatal pouvoir
De nous jeter par un sourire
Dans l'ivresse ou le désespoir.

Oui, deux mots, le silence même,
Un regard distrait ou moqueur,
Peuvent donner à qui vous aime
Un coup de poignard dans le coeur.

Oui, votre orgueil doit être immense,
Car, grâce a notre lâcheté,
Rien n'égale votre puissance,
Sinon, votre fragilité.

Mais toute puissance sur terre
Meurt quand l'abus en est trop grand,
Et qui sait souffrir et se taire
S'éloigne de vous en pleurant.

Quel que soit le mal qu'il endure,
Son triste sort est le plus beau.
J'aime encore mieux notre torture
Que votre métier de bourreau.

Alfred de Musset

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mardi 3 juin 2008

La lettre

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Tu m'as dit si tu m'écris
Ne tape pas tout à la machine
Ajoute une ligne de ta main
Un mot un rien oh pas grand-chose
Oui oui oui oui oui oui oui oui
Ma Remington est belle pourtant
Je l'aime beaucoup et travaille bien
Mon écriture est nette est claire
On voit très bien que c'est moi
qui l'ai tapée
Il y a des blancs que je suis seul à savoir faire
Vois donc l'oeil qu'a ma page
Pourtant, pour te faire plaisir j'ajoute à l'encre
Deux trois mots
Et une grosse tache d'encre
Pour que tu ne puisses pas les lire.

Blaise Cendrars

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YSL - 1936 - 2008

Y_SL

J’ai vu des beautés immenses et délicates
Dîné dans des palais éblouissants de capitales tribales
Et dormi entre le ciel et le sable du Takla Makan
Je me suis fait l’ambassadeur de rois guerriers.

J’ai rencontré des mongols aux poings effroyables
Et des pêcheurs de perles mi-hommes mi-poissons
J’ai glissé mes mains sous des voiles interdits
Touché l’intouchable.

Et vécu les nuits sublimes du cantique des cantiques
J’ai dompté des chevaux Kirghiz
Franchi le toit du monde et écouté le Dalaï Lama.

J’ai coupé le santal de Mysore
Incisé le pavot d’Anatolie
Et broyé le safran du Madhya Pradesh
Je me suis enivré dans le jardin de roses du poète Saadi.

J’ai tourné jusqu’au vertige avec les derviches de la corne d’or
Et volé comme un aigle avec un vieux shaman à moitié fou
Je connais l’odeur du suint et du cuir, des palais et des temples
L’odeur de toutes les épices, l’odeur de tous les aphrodisiaques
Et celle de la peau des femmes et celle de la peau des hommes.

Je suis riche, riche, incomparablement riche de ce que j’ai vécu.

 

Yves Saint-Laurent

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lundi 2 juin 2008

Il faut boire d'un vin

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Il faut être l'esclave d'un roi qui n'est jamais détrôné,
s'attacher à un seuil d'où l'on ne peut pas être chassé.
Il faut être colombe et s'envoler, sans aller quelque part.
Il faut boire d'un vin dont l'ivresse ne se dissipe jamais.
Il faut être nageur excellent.
Il faut, plongeant dans une mer, en ramener une perle inconnue.
Il faut entrer dans un jardin et s'y promener.
Il faut respirer le parfum d'une rose jamais fanée.
Il faut que chaque homme, s'embrasant au feu d'amour,
ne se brûle qu'à lui, rejoigne son aimé.

Emre Younous

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