mardi 29 avril 2008
Soleil d'hiver

Hélas ! hier encor sur mon front, sur ma lèvre,
Sont venus se poser la joie et le plaisir,
J’ai ri comme une folle... aujourd’hui j’ai la fièvre,
Car ma porte est fermée et j’en ai le loisir.
Ô pauvre humanité ! J’ai pitié de moi-même
Quand mon masque s’en va décollé par mes pleurs
Et qu’apparaît, meurtri, costumé, maigre, blême,
Mon visage, dont tous admiraient les couleurs.
— Nous sommes en janvier : le ciel, d’un azur tendre,
Réfléchit sa splendeur dans les flots clapotants ;
Le vent est si léger qu’à peine on peut l’entendre,
Le soleil est si doux qu’on dirait le printemps.
Mais, comme ces rayons à la nature morte
Se prodiguent en vain et ne fécondent rien,
Dans mon âme la peine est aussi la plus forte :
Mon rire est un mensonge, et l’amour le sait bien !
Louisa Siefert

lundi 28 avril 2008
Abat-jour

Tu demandes pourquoi je reste sans rien dire ?
C'est que voici le grand moment,
l'heure des yeux et du sourire,
le soir, et que ce soir je t'aime infiniment !
Serre-moi contre toi. J'ai besoin de caresses.
Si tu savais tout ce qui monte en moi, ce soir,
d'ambition, d'orgueil, de désir, de tendresse, et de bonté !...
Mais non, tu ne peux pas savoir !...
Baisse un peu l'abat-jour, veux-tu ? Nous serons mieux.
C'est dans l'ombre que les coeurs causent,
et l'on voit beaucoup mieux les yeux
quand on voit un peu moins les choses.
Ce soir je t'aime trop pour te parler d'amour.
Serre-moi contre ta poitrine!
Je voudrais que ce soit mon tour d'être celui que l'on câline...
Baisse encore un peu l'abat-jour.
Là. Ne parlons plus. Soyons sages.
Et ne bougeons pas. C'est si bon
tes mains tièdes sur mon visage!...
Paul Geraldy
"Toi et Moi"

dimanche 27 avril 2008
Parfois je suis triste

Parfois, je suis triste.
Et, soudain, je pense à elle.
Alors, je suis joyeux.
Mais je redeviens triste
de ce que je ne sais pas
combien elle m’aime.
Elle est la jeune fille
à l’âme toute claire,
et qui, dedans son cœur,
garde avec jalousie
l’unique passion
que l’on donne à un seul.
Elle est partie
avant que s’ouvrent les tilleuls,
et, comme ils ont fleuri
depuis qu’elle est partie,
je me suis étonné de voir
ô mes amis,
des branches de tilleuls
qui n’avaient pas de fleurs.
Francis Jammes
samedi 26 avril 2008
Un poète disait...
Un poète disait que lorsqu'il était jeune,
Il fleurissait des vers comme un rosier des roses.
Lorsque je pense à elle, il me semble que jase
Une fontaine intarissable dans mon coeur.
Comme sur le lys Dieu pose un parfum d'église,
Comme il met du corail aux joues de la cerise,
Je veux poser sur elle, avec dévotion,
La couleur d'un parfum, qui n'aura pas de nom.
Vous m'avez regardé avec toute votre âme.
Vous m'avez regardé longtemps comme un ciel bleu.
J'ai mis votre regard à l'ombre de mes yeux...
Que ce regard était passionné et calme...
Francis Jammes. Extrait de Tristesses;



























